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Saint Claude de Diray, capitale de l’igname et sa foire à l’igname

 
 Saint Claude de Diray, capitale de l'igname et sa foire à l'igname

Comment
imaginer qu’un tubercule aussi exotique que l’igname se soit enraciné
dans les terres loir et chériennes pour faire de Saint Claude de Diray,
sa capitale française ?…que dis-je, Européenne  !

Pour comprendre les raisons de son implantation dans la région, un petit retour en arrière s’impose…

Nous sommes en 1840.

A
cette époque, une crise alimentaire sans précédent fait rage, le
mildiou sévit,  décimant les populations. On est à la recherche de
légumineuses qui pourraient se substituer à la pomme de terre, alors
menacée de disparition.

C’est
dans ce contexte que Charles de Montigny, alors consul de France à
Shanghai, décide d’envoyer en France quelques pieds d’ignames de Chine. Le
tubercule fait donc son apparition en 1848  sur le sol français, à titre
expérimental dans un premier temps, dans les département de l’Yonne et
d’Indre et Loire.

Il
faudra attendre jusqu’en 1890 pour les uns, 1930 pour les autres, pour
voir l’igname cultivé en Loir et Cher, les terres de la région se
prêtant idéalement à sa culture grâce à des sols très sableux dans
lequel se complaît le tubercule.

D’abord
marginale, sa production  s’organise à partir des années 1950, pour
connaître le succès dans les années 80 avec un rhizome ne mesurant plus
que 40cm pour 1kg (contre 1mètre pour 1kg pour la plante originelle). Ce
plant, obtenu grâce à un rigoureux travail de sélection, rend alors la
culture, la manipulation (moins de risque de casse) et la récolte (ne nécessitant de
retourner qu’une moindre quantité de terre) plus faciles. Les champs d’ignames ressemblent à s’y méprendre à des champs de vigne, les deux cultures
ayant le palissage en commun, pour profiter au mieux de
l’ensoleillement.

Le
tubercule, planté au mois de mars et avril, est récolté à la main en
automne ( novembre et décembre) et peut être stocké tout l’hiver à
l’abri de la lumière.

Saint Claude de Diray, capitale de l'igname et sa foire à l'igname
Michel Morand (à droite) – Producteur d’ignames – Saint Claude de Diray

De
nos jours, seuls 30 agriculteurs produisent l’igname, qui ne constitue
bien souvent qu’un complément de revenu pour ces céréaliers et
maraîchers.

La
production se concentre sur quelques villes du département : Saint
Claude de Diray bien sûr, mais aussi  Vineuil, Maslives, Huisseau en
Beauce et Montlivault.

Environ 400Tonnes sont récoltées chaque année, dont la majorité de la production est directement vendue à 2 commerçants de Rungis.

La
moitié de la production est exportée en Grande Bretagne, le reste est
consommé en France métropolitaine, aux Antilles et en Italie.

La
foire à l’igname de Saint Claude de Diray
est une véritable
institution, une journée de fête pour célébrer le tubercule qui fait le
succès de ce petit village comptant quelques 1700 âmes.

Saint Claude de Diray, capitale de l'igname et sa foire à l'igname
Bénévole – Foire à l’ignameSaint Claude de Diray

Et
c’est donc dimanche dernier, premier dimanche après Pâques qu’a eu lieu
la 30ème édition de la traditionnelle foire à l’igname à laquelle je me
suis rendue avec Julie,  mon alter gourmande !

Même
si nous avons été surprises de trouver peu de stands dédiés à l’igname,
la déception a vite laissé la place au plaisir. Le plaisir de la
rencontre avec tous ces producteurs, fiers et passionnés, ravis
d’échanger sur ce qui fait leur quotidien et de parler de leur produit !

C’était
donc ce week-end, une ode gourmande à l’igname décliné tantôt en accras,
en classique mais non moins délicieuses frites, en tourtes ou encore
plus déroutant, en mousse au chocolat, l’igname conférant à la mousse
une texture de crème de marron, surprenant !

A
noter que cette fête ne serait rien sans l’aide précieuse des bénévoles qui tiennent les stands avec les producteurs et qui répondent présent dès la veille pour la séance d’épluchage d’ignames (pas moins d’une tonne et
demie ! ).  Je souhaitais tout particulièrement remercier Guy, bénévole
enthousiaste, qui n’a pas hésité une seconde à me livrer la recette des
accras qu’il a lui-même élaborée (ainsi que celle de la mousse au chocolat à l’igname, mais ça c’est une autre histoire gourmande !).

Un vrai régal que je vous livre ici ! 

Saint Claude de Diray, capitale de l'igname et sa foire à l'igname
Bénévoles au stand des accras – Guy et sa fille – Saint Claude de Diray

Accras de morue à l’igname 

Ingrédients pour 4 personnes 

1kg d’igname rapé

150g de morue fraîche salée (la morue séchée sera bien trop salée)

1cs de farine

2cc de levure chimique

2cc de piment rouge

ciboulette ciselé

persil ciselé

3 gousses d’ail écrasées

Saint Claude de Diray, capitale de l'igname et sa foire à l'ignameRéaliser une farce

Battre
les œufs en omelette, ajoutez l’ail écrasé, le piment, le persil et la
ciboulette ciselés, rajoutez la farine et la levure. Bien mélanger afin
d’obtenir une pâte assez liquide.

Râper l’igname.

Placer
le saladier dans lequel se trouve la farce juste en-dessous de votre
robot afin que l’igname râpé soit immédiatement en contact avec le
liquide pour éviter qu’il ne s’oxyde et noircisse.

Mixer votre morue et la rajouter au mélange.

Vérifier l’assaisonnement, même si, en soi, la farce n’a pas besoin d’être salée, la morue s’en chargeant.

Faire
chauffer l’huile dans votre friteuse. Y plonger des cuillérées de pâte.
Retourner les beignets à mi-cuisson pour les dorer des deux côtés, la
cuisson est rapide, compter 3 à 4  minutes.

Egoutter sur une papier absorbant et servir sans attendre.

12 Commentaires

    • Bonjour Mathgon, la quasi totalité de la production est achetée par un négociant de la région qui la revend à 2 commerçants de Rungis. Si on en trouve sur les marchés de la région, c'est parce que les maraîchers en auront probablement acheté sur paris, mais aucun producteur d'igname de fait de marché…
      La saison s'étend de novembre à…jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus ^^ Parfois on en trouve encore en juillet. Mais la récolte 2012 n'ayant pas été excellente, les derniers ignames se sont vendus ce week-end là à la foire.

  • Quel bel article pour une si jolie journée ! Bien au-delà de l'ambiance de fête, on ressentait une grande sincérité et un vrai plaisir de partager de la part de ces producteurs.
    Les accras sont très goûteux, il faut que je me lance avec mes 3kg d'ignames…

  • Une culture et une histoire tous à fait inattendus : merci d'avoir pris le temps de nous faire partager toute cette histoire très intéressante.
    N'ayant pas de friteuse, je vais attendre encore un peu pour découvrir ce légume : peut être avec la recette de la mousse au chocolat ?

  • Incroyable histoire !
    C'est drôle car j'ai connu cet igname (igname Sassa) quand j'habitais en Martinique où il est aussi cultivé avec d'autres variétés beaucoup moins raffinées, et j'ai été agréablement surprise d'en retrouver sur le marché de Tours (producteur du Loir et Cher). J'ai le fin mot de l'histoire du pourquoi du comment avec ton article.
    Et coïncidence, j'ai fait une recette de hamburger avec un pain à la pomme de terre que j'ai remplacé par de l'igname, qui sera publié la semaine prochaine sur mon blog. N'hésite pas à venir y jeter un oeil. Je mettrai le lien vers ton article si tu es d'accord
    Vive l'igname Sassa !!!

  • Bonjour,
    Nous sommes allés aujourd'hui à cette foire pour la première fois et avons ramené quelques kilos. Nous avons pu goûter la mousse au chocolat à l'igname, mais nous ne trouvons pas la recette. Pourriez-vous nous la transmettre?
    Bon dimanche!

  • Il ne s'agit pas tout à fait de l'igname que l'on trouve majoritairement au supermarché, dit igname guinée blanc, originaire d'Afrique. Celui-ci provient de zones tempérées d'Asie, et contrairement au premier, il passe sans problème l'hiver en terre partout en France.

    Quelques originaux dont je me reconnaît adorent expérimenter ce genre de cultures.

    Si je comprends bien, de nouvelles variétés plus faciles à récolter sont apparues dans les années 80, ce qui veut dire qu'il y a eu sélection variétale, que certains ont hybridés des plants mâles et femelles pour sélectionner leur descendance, ce que j'aimerais aussi faire. Je suis justement en conversation avec des américains qui ont pu se procurer une variété longue à chair violette : http://sc01.alicdn.com/photo/v0/60176732925/chinese_purple_yam_wild_yam_powder_purple.jpg

    Si vous aviez des contacts là-bas pour en savoir plus, je suis preneur.

  • Bonjour, merci pour l’article. J’ai toujours aimé l’igname. Aux antilles mon oncle était agriculteur il en cultivait. Ce légume est tout mon enfance. Je voulais savoir ou je pourrais en trouver pour mon jardin potager car j’aimerais me lancer dans la culture. J’habite dans la Loire. Merci.

    • Bonjour Awel, je ne peux que vous conseiller de vous rapprocher des personnes spécialisées dans la culture d’ignames, elles seules auront les réponses à votre question. Peut-être en appelant la mairie de Saint Claude de Diray, ils sauront vous orienter….

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