Cuisine sauvage

Les teintures naturelles

Réaliser ses teintures naturelles, c’est plonger dans un monde merveilleux mêlant la cuisine, la chimie, et il faut bien se l’avouer un peu de magie…
Réaliser ses teintures naturelles, c’est se frotter à un savoir faire ancestral, c’est expérimenter l’éloge de la patience, se découvrir des talents d’apprenti sorcier en connexion permanente avec la nature.
C’est être attentif aux végétaux qui nous entourent et se succèdent dans le cycle immuable des saisons, passer du temps à fureter dans les champs, les sous-bois et les forêts pour y glaner les plantes qui pareront nos tissus de leurs plus belles couleurs.
Réaliser ses teintures naturelles, c’est découvrir, utiliser, révéler les couleurs que renferment les végétaux, c’est passer du temps, à tester, expérimenter, découvrir les réactions chimiques et le rendu d’une plante sur un tissu.
C’est aussi apprendre de ses propres erreurs et s’émerveiller d’une teinte obtenue.
Réaliser ses teintures végétales, c’est aussi développer sa conscience écologique en ne jetant plus mais en transformant ses déchets, les recyclant en une précieuse matière première au pouvoir hautement colorant.
Réaliser ses teintures naturelles, c’est enfin, surtout et tout simplement sublimer les étoffes avec les couleurs issues de la nature,obtenir des teintes sur mesure, des coloris uniques, c’est composer avec le vivant !

Alors à vous, amoureux des belles couleurs, qui vous sentez la fibre pour la teinture naturelle, je ne peux que vous encourager à vous lancer dans cette palpitante aventure et devenir officiellement teinturier en herbe !

Pour cela, j’ai eu envie de vous concocter un petit mémo de ce que j’ai pu apprendre au cours de mon apprentissage, tout ce qui m’a été utile depuis que je me suis lancée dans cette aventure haute en couleurs, qui ne fait juste que commencer…

Teinture naturelle au sureau noir

Les colorants naturels

Une grande quantité de plantes contiennent des colorants naturels. On les trouve dans les écorces, les feuilles, les tiges, les racines, les pétales, les pelures, les noyaux, la peau des arbres, fleurs, légumes et autres végétaux. Mais les plantes ne sont pas toutes égales en terme d’intensité de couleur ou en capacité de tenue sur les tissus.

Ma casquette de blogueuse food m’a poussée à m’intéresser plus particulièrement aux colorants naturels que l’on peut trouver dans notre cuisine, notre frigo, notre garde manger ou notre potager pour ceux qui en possèdent un, je vous ai classé ces produits en fonction de la teinte obtenue

Roses et rougesTeinture végétale au sureau noir

  • Avocat
  • Amandes fraîches
  • Sureau

Jaunes, ocres et fauves

  • oignon jaune
  • oignon rouge
  • Racine de curcuma
  • Rhubarbe
  • Fleur de carotte
  • Grenade

Verts

thé vert fraise basilic

Thé vert fraise basilic

  • Thym
  • fanes de carottes
  • Artichaut
  • Sureau

Beiges, marrons, noirs 

  • Thé noir

Bleus et violets 

  • Haricots noirs

 

Types de tissus

En teinture végétale, les colorants issus des plantes n’accrochent que sur les fibres elles-mêmes naturelles .
On distingue ainsi 2 types de fibres naturelles

Les fibres d’origine animaleIngrédients pour faire du kéfir

  • Laine
  • Soie
  • Alpaga
  • cachemire

Les fibres d’origine végétale 

ou encore fibres cellulosiques

  • Coton
  • lin
  • chanvre…

de part leur structure différente, ces deux types de fibres possèdent des propriétés différentes et n’accrocheront pas la couleur de la même manière. Les fibres animales contenant des protéines vont être plus grasses que les fibres d’origine végétale et vont ainsi beaucoup mieux retenir la couleur, ainsi à bain de durée égale les couleurs seront plus vives ou plus intenses.

tisane-fleur-sureau

Tisane fleur de sureau

Matériel 

dont vous allez avoir besoin pour vous lancer :

  • Balance de cuisine
  • Bassine large en acier inoxydable (qui ne rouille pas) ou des contenant en verre pour les décoctions au soleil.
  • Un thermomètre de cuisine
  • Cuillère en bois
  • Tablier
  • Gant éventuellement
  • Tissu à teindre d’origine naturel
  • Alun – mordant le plus couramment utilisé
  • Crème de tartre – elle s’utilise associée à l’alun lors de la phase de mordançage, elle améliore la qualité de l’eau et favorise la fixation de la couleur sur la fibre.

L’art de teindre les tissus réside surtout sur la bonne tenue de la couleurs sur les supports textiles que vous allez utiliser.

Pour cela, il est essentiel  de maîtriser au mieux les éléments qui vont entrer dans le process de teinture à savoir :  le pigment, l’eau et le tissu.

 

Dégustation de kéfir

Étape 1 – Préparer le bain de teinture : Création de la couleur

Il va s’agir d’extraire le principe colorant du végétal.

Afin de récupérer le maximum de pouvoir colorant, il vous faudra hacher les plantes, broyer les écorces ou écrasez les baies le plus finement possible.

Prévoir une quantité de plante au minimum égale à 200% du poids du tissu (pesez toujours le tissu à sec) que vous souhaitez teinter. Il s’agit bien évidemment d’une valeur à titre indicatif dans la mesure où nous nous frottons au vivant et que chaque plante ne va pas s’utiliser dans les mêmes proportions selon l’intensité des couleurs désirées.

La décoction

Il s’agit d’extraire les colorants contenus dans les plantes. Cette même matière tinctoriale qui viendra teinter votre tissu.

Procédé :

  • Pesez la partie tinctoriale de votre plante et en fonction de l’intensité de couleur recherchée vous garderez :
  • Pour les tons clairs : 10 à 50% du poids du tissu que vous souhaitez teindre.
  • Pour une teinte classique : 100% du poids du tissu que vous souhaitez teindre
  • Pour les tons vifs ou profonds : 200% du poids du tissu que vous souhaitez teindre.
  • Hachez, coupez, broyez ou écrasez le plus finement possible votre ressource végétale selon sa nature.
  • Plongez-la dans un récipient d’eau.
  • Pour 100 g de plantes et 100g de tissus, comptez 4 litres d’eau soit une moyenne approximative de 25g de plante par litre d’eau.
  • Portez votre bassine à ébullition.
  • Maintenez l’ébullition entre 15mn à 1 heure selon les plantes et la rapidité et l’intensité de coloration du bain.
  • Laissez refroidir
  • Filtrez le mélange à l’aide d’une passoire ou d’une étamine.
  • Le bain de teinture est prêt à l’emploi.

Vous pouvez aussi choisir de le laisser reposer quelques jours afin qu’il s’oxyde. Cela améliore le pouvoir colorant de certaines plantes (comme l’avocat par exemple).

A vous de faire vos propres essais et d’expérimenter.

 

the-vert-cassis-aronia-degustation

Étape 2 – Préparer le tissu : lavage et mordançage

Avant de teindre le tissu, il faut le préparer.
C’est une étape indispensable qui va permettre aux fibres d’accueillir la teinture dans des conditions optimum.

Le lavage

Que l’on achète du tissu ou qu’on le récupère, qu’il soit neuf ou qu’il ait déjà vécu, il faut le laver. Un tissu neuf est souvent apprêté. L’apprêt peut empêcher la teinture. Un tissu déjà usé, porté, peut avoir des taches (peut-être invisibles), qui peuvent se révéler après teinture… C’est donc une étape importante.

Le mordançage

C’est une étape est très importante en matière de teinture.
Elle va permettre à la couleur contenue dans la plante de se fixer aux fibres du tissu.
Sans cette étape et de manière générale (car il existe toujours des exceptions à la règle… c’est le cas pour les plantes ayant un fort pouvoir tinctorial comme l’avocat ou la grenade entre autre, ce sont des teintures dites substantives et dans ce cas vous pourrez faire l’impasse sur le mordançage), votre tissu ne fixera pas la couleur et bye-bye votre jolie teinte au premier lavage !

Même s’il existe plusieurs techniques de mordançage :

  • à l’alun,
  • au fer,
  • au vinaigre de cidre,
  • au vinaigre blanc,
  • aux tanins,
  • à l’huile
  • ou au lait de soja,

j’ai décidé ici de n’aborder que le mordançage à base d’alun additionné de crème de tartre tout simplement parce que c’est la méthode la plus utilisée.

La méthode

  • Pesez votre tissu à mordancer et préparez dans les proportions suivantes (alun 20% poids du tissu et crème de tartre 10% poids du tissu)
  • Versez l’alun et la crème de tartre dans une grande bassine remplie d’eau froide.
  • Plongez délicatement le textile dans ce bain et faites chauffer pendant environ une heure
  • Laisser refroidir
  • Sortir le textile et le rincer
tourte-fleur-sureau-fraise

Tourte fleur de sureau et fraise

Étape 3 – Teinter le tissu 

  • Mouillez votre tissu mordancé avant d’ouvrir les fibres, cela les prépare ainsi à accueillir la teinture.
  • Plongez-le délicatement dans le bain de teinture et mélangez. Le tissu doit pouvoir circuler librement et ne pas être comprimé afin que la teinture puisse se fixer de manière homogène.
  • Faites chauffer progressivement le bain et maintenez à 90°c pendant 1 heure.
  • Remuez régulièrement en veillant à ce que le tissu soit entièrement immergé.
  • Selon l’intensité de couleur choisie :
  • Sortez le tissu avant l’heure d’ébullition si vous estimez que la teinte vous convient, sinon attendez l’heure et pour des teintes plus profondes vous pouvez également laissez refroidir votre tissu dans le bain, voire même le laisser immerger plusieurs jours durant..
  • Sortez votre tissu et rincez-le à l’eau claire jusqu’à ce que le tissu ne rende plus d’eau colorée.
  • Faites sécher votre tissu à l’ombre.

On peut décider de s’arrêter à cette étape, mais sachez qu’on peut aller plus loin en modifiant la couleur obtenue lors du bain de teinture.

Il s’agit de l’étape des bains de nuançage sur laquelle je ne m’étendrai pas ici pour la simple raison que je ne les ai pas encore expérimentés. Mais je voulais que vous sachiez que le procédé existe.

Teinture végétale aux baies de sureau

Optionnel : Étape 4 – Le bain de nuançage

Il consiste à modifier le PH, l’acidité, l’alcalinité des teintures ou à créer une réaction tanins avec le fer. Je n’en parlerai pas ici, dans la mesure où je ne l’ai pas expérimenté. Mais sachez que ça devient vite une étape essentielle pour les plus initiés.

 

Pour illustrer ce long article que j’ai essayé de faire le plus détaillé et le plus clair possible (pas facile),  j’ai choisi une teinture aux baies de sureau.

Même si la teinture aux baies de sureau est un peu l’exception confirmant la règle dans la mesure où le sureau n’est pas à privilégier pour des articles utilisés au quotidien, en effet, il semblerait que la couleur passe à la longue. Ceci étant je ne l’ai pas vérifié, je me fie à ce que j’ai pu lire au cours de mes recherches sur le sujet. Me concernant, ce n’est pas un problème dans la mesure où j’utilise ces pièces teintées comme accessoires pour scénariser mes recettes. Je ne m’en sers pas régulièrement, ne les expose que rarement à la lumière et je dois l’avouer les lave encore moins. Je recherche exclusivement la couleur et de ce côté-là il faut avouer que le rendu est magnifique !

Le sureau offre un camaïeu de rose allant du rose clair au lie de vin profond, une merveille !

Teinture aux baies de sureau noir

 

 

Types de tissu utilisés et durée des bains de teinture

Du bas  vers le haut

Tissu :

  • Mousseline de lin
  • mousseline de lin
  • lin lavé
  • mousseline de l

Temps de bain de teinture :

  • 1heure à 90°c puis après refroidissement complet du bain, 1 nuit.
  • 1  heure à 90°c
  • 30mn à 90°c
  • 1 A/R dans le bain à froid

 

 

 

 

Teinture végétale aux baies de sureau

Une teinture élégante offrant un magnifique camaïeu de roses

Ustensiles

  • bassine en inox
  • Thermomètre de cuisine

Ingrédients

  • 100 g Tissu
  • 240 g baies de sureau
  • 20 g alun soit 20% du poids du tissu
  • 10 g crème de tartre soit 10% du poids du tissu
  • 12 l eau

Instructions

Étape 1 - Préparer le bain de teinture : Création de la couleur

  • Vous pouvez utilisez les "déchets" c'est-à-dire les fibre rendues par votre extracteur de jus, lorsque vous avez récupérer le jus pour faire le sirop ou la gelée.
    Sinon écraser les baies à l'aide d'un mortier ou d'un pilon.
  • Délayez dans 8 litres d'eau et portez à ébullition.
    Maintenir l'ébullition pendant 1h.
  • Filtrez le mélange à l’aide d’une passoire ou d’une étamine. Le bain de teinture est prêt à l’emploi.
  • A ce stade, vous pouvez l'utiliser le jour même ou décider de le laisser reposer une nuit voire quelques jours afin que le mélange s'oxyde pour obtenir des couleurs plus intenses.

Étape 2 - Préparer le tissu : lavage et mordançage

  • Lavez votre tissu.
  • Dissolvez l'alun et la crème de tartre dans une bassine d'eau.
  • Plongez délicatement le textile dans ce bain et faites chauffer pendant environ une heure.
  • Laissez refroidir.
  • Sortez le textile et rincez-le.

Étape 3 - Teinter le tissu

  • Mouillez votre tissu mordancé avant d’ouvrir les fibres, cela les prépare ainsi à accueillir la teinture.
  • Plongez-le délicatement dans le bain de teinture et mélangez. Le tissu doit pouvoir circuler librement et ne pas être comprimé afin que la teinture puisse se fixer de manière homogène.
  • Faites chauffer progressivement le bain et maintenez à 90°c pendant 1 heure.
  • Remuez régulièrement en veillant à ce que le tissu soit entièrement immergé.
  • Selon l’intensité de couleur choisie : Sortez le tissu avant l’heure d’ébullition si vous estimez que la teinte vous convient, sinon attendez l’heure et pour des teintes plus profondes vous pouvez également laissez refroidir votre tissu dans le bain, voire même le laisser immerger plusieurs jours durant.
  • Sortez votre tissu et rincez-le à l’eau claire jusqu’à ce que le tissu ne rende plus d’eau colorée.
  • Faites sécher votre tissu à l’ombre.

Teinture naturelle aux baies de sureau noir

 

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